dimanche 29 août 2010

Phnom Penh et l'histoire de terreur


On nous avait prévenus qu’il y avait plus de trafic routier à Phnom Pen. En fait, on aurait pu nous dire que TOUT le trafic routier du Cambodge se trouve ici! Dans un pays de 14,2 millions d’habitants, plus de 12 millions se trouvent dans cette ville.

Nous arrivons en début de soirée, n’ayant pas encore décidé où nous dormirons pour les prochains jours. Notre nouvelle astuce est de prendre un tuk tuk et de faire avec lui le tour de quelques établissements.

En descendant de l’autobus, encore, on se fait harceler pour un tuk tuk. Il pleut un peu, il y a une vraiment beaucoup de monde, les rues sont inondées et ils veulent tous nous prendre en charge. Enfin, nous en choisissons un, on monte à bord et nous partons à la recherche. Guesthouses, hôtels, il y a de tout à tous les prix ici. Nous avions énuméré les critères pour la sélection de la chambre auparavant, c’est-à-dire, propreté chambre et salle de bain, bon lit, ni trop dure, ni trop mou, avec bonne literie, la clim, l’odeur, Wifi dans la chambre, proximité des restos, pas de coquerelles, et abordable pour notre budget de routard! David a la tâche d’aller faire les visites, tandis que moi, je reste dans le tuk tuk pour garder un œil sur les bagages. En parlant avec le chauffeur, j’ai le sentiment qu’il a bu… Il tente de nous convaincre d’aller avec lui faire le tour des attractions que nous désirons voir, mais trop insistant, il nous perd une fois arrivé à la guesthouse de notre choix.

Cette guesthouse se trouve au cœur de l’action de la ville. Nous sommes sur le bord de la rivière Tonlé Sap, qui se déverse dans le Mékong en hiver et d’où elle puise son eau pour remplir le lac Tonlé Sap en été. Une belle promenade, très bien aménagée, se trouve le long de la rivière.

Notre chambre n’a rien d’extraordinaire de l’intérieur, sauf pour le charme des volets de bois qui forment la fenêtre et la porte, mais elle a une belle et grande terrasse donnant sur la rue, d’où nous pourrons observer la vie des gens et prendre un verre tranquille en fin de soirée. On semble avoir trouvé un bon nid pour les prochains jours! Tout y est! De la propreté jusqu’au prix, c’est super! C’est à 22h00 que tout ça perd son charme… Nous sommes situé en face de la discothèque la plus ‘’in’’ de la ville! Musique, va et vient dans la rue, embouteillage de motos, autos et camions, les filles qui crient à la sortie du bar, les klaxons pour des riens… Le bruit est intensément trop fort… impossible de dormir paisiblement, en fait, impossible de dormir tout court!

Au lendemain, puisque nous avons déjà payé pour 2 nuits, nous demandons de changer de chambre. Sans problème, la gérante de l’établissement semble bien consciente du problème de bruit dans cette chambre et nous déménageons dans une chambre avec vue sur la rivière, petit balcon, pas beaucoup de charme, mais où il sera possible de dormir sans trop de bruit!

Depuis que nous sommes au Cambodge, nous avons l’occasion de faire plusieurs lectures sur les guerres qui ont ravagées le pays pendant plus de 20 ans à partir du début des années 70, et surtout sur la plus sombre partie de l’histoire du pays, l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges en 1975. Un petit résumé de ce que j’ai lu, vue et appris pourra vous donner un bref aperçu de ce que les cambodgiens ont vécu…

En 1970, le Cambodge est au centre du triangle de querelles idéologiques impérialistes de l’époque en Asie du sud est… En pleine guerre du Vietnam, les Capitalistes Américains (alliés Thaïlandais à l’ouest et Sud Vietnam à l’est), l’URSS communiste (qui soutiens le Nord Vietnam) et la Chine qui à toujours eu une vision de contrôle sur toute l’Asie du sud est (soutiens en armes la montée au pouvoir des Khmers Rouges). Le pays est trop petit et trop pauvres pour ne pas être pris au piège à travers cela! Entre 1970 et 1975 environ 800 000 personnes sont victimes de divers conflits au Cambodge… Le gouvernement de Lon Nol (allié des américains) s’attaque au Cambodgien d’origine Vietnamienne, les américains bombardent une grande partie du pays pour couper les moyens de transport des Nord Vietnamiens, les Khmers Rouges maintenant armées commencent leur offensive idéologique et les Viêt-Cong mènent également des offensives sur le pays.

En 1975, les Khmers rouges ont recruté une grande partie de la jeune population rurale de tout le pays non seulement par l’idéologie mais surtout parce que de s’enrôlé pour les Khmers Rouges était une porte de sortie pour eux plutôt que de souffrir dans les rizières ou dans les champs et ils y voyaient un moyen de devenir quelqu’un... Les combats dans la jungle et la brousse firent d’eux de redoutables combattants sans pitié pour l’ennemi ! Le 17 avril, les KR prennent la capitale Phnom Penh et proclame ‘’l’année Zéro’’ et en l’espace de 48h, un événement presque inimaginable se produits… ‘’Les libérateurs’’ procèdent à l’évacuation TOTALE de Phnom Penh !! 2,5 millions d’habitant et de réfugiés sont déportés de forces vers les campagnes du pays… Environ 400 000 personnes perdent la vie seulement lors de l’évacuation surtout des vieillards, malades, handicapés et enfants ! Le but étant de mettre tout le monde au travail dans les rizières pour assurer l’autosuffisance alimentaires du pays. Pendant l’évacuation, la population est triées en 3 catégories : les militaires de l’ancien régime sont exécutés, fonctionnaires et intellectuelles (incluant toute personnes qui porte des lunettes ou possède un crayon) sont classées comme suspect et sont amené dans des villages dit ‘’spéciaux’’ et le reste classé sous l’appellation de ‘’peuple’’ doit regagner sont village natal et travailler pour gagner son riz quotidien… Nous sommes ici en 1975 …. Et non pas au 18e siècle … Pendant que Montréal se préparait à accueillir les olympiques !!!

Progressivement, toute la société cambodgienne est réorganisée sous un modèle militaire… Les rares privilèges (rations supplémentaires) sont réservés aux soldats qui ont participé à la révolution. Tout est remis en questions : les gens doivent changer de nom, le salut avec la main est banni, la lecture es remplacé à l’école par des chants révolutionnaires, les enfants appartiennent à l’organisation suprême et non pas aux parents, les époux sont choisi au hasard et son jumelé à de parfait inconnu, les moines sont persécutés, les chrétiens sont accusés d’aidé la CIA et la communauté Cham (musulmanes) est presque entièrement massacrés. Les KR organisent cependant des élections … seul problème, les candidats sont des cadres militaires et les électeurs doivent être militaires …

Sans hôpitaux (interdit d’accès si non militaire), médicament et médecins (tué parce qu’intellectuels), les citadins venu de la ville n’aurons aucune chance dans les rizières sous le soleil, affamé et forcé au travail ce qui fait parti du ‘’plan’’ des KR qui ne veulent plus de ces gens là… De plus, n’importe quel prétexte est bon pour éliminer toutes personnes qui semble plus intelligent que la moyenne ou qui est non conforme aux idéologies, par exemple un jeune qui porte les cheveux long ou toute personne qui connait une langue étrangère sont exécutés sans raison … Pour économiser les munitions, ont fracasse les têtes des condamnées à coup de pioches et on tue les enfants en les projetant têtes premières contre un arbre. Si une personne est éliminée, toute sa famille y passera également pour éviter toute vengeance dans le futur. Les charniers se multiplient aux 4 coins du pays… Fin 1975, environ 2 millions de Cambodgiens auront perdu la vie en raison de l’idéologie… Un communiqué des KR mentionne que 1 millions de jeunes sera suffisant pour bâtir le pays qu’ils veulent…

Le règne des KR durera presque 4 ans sous le contrôle de Pol Pot… Cependant leur haine envers les vietnamiens (ennemis naturels depuis toujours) et leur volonté de reconstituer l’empire d’Angkor causera leur perte. Fin 1978, les vietnamiens envahissent le Cambodge et chassent les Khmers Rouges de Phnom Penh. Pour mettre la population de leur côté, les Vietnamiens ont la brillante idée de mettre des Cambodgiens au pouvoir … Donc, un certain Hun Sen (un ancien Khmers Rouges repenti) qui est toujours à l’heure où l’on se parle le premier ministre du pays.

Pendant ce temps, les KR se sont replié dans la jungle à la frontière de la Thaïlande et utilise un nouveau moyen diabolique pour tenté de déstabiliser le nouveau régime … LES MINES… Le Cambodge est le pays le plus miné de la planète encore aujourd’hui. Pour affamé la population, ils placent les mines volontairement dans les champs et les rizières… Mais les Vietnamiens ne sont pas au Cambodge pour le profit ou le pouvoir, bien trop occupé à constitué leur idéologie communistes dans leur propre pays, après en avoir sorti tour à tour les français et les américains. Donc, seul en souffriront les Cambodgiens. Famines et un nombre incroyable de mutilés s’installent dans le pays, ce qui attire le regard de la communauté international qui enverra de l’aide … Bien évidemment une grande partie de cette aide transige par la Thaïlande et sera détourné par les KR !! Jusqu’en 1989, les conflits, se multiplieront….

Avec la tombé du Bloc soviétique en 1989, le Vietnam perd son allié principale et doit se rapproché de la Chine qui soutiens depuis toujours les KR… Les vietnamiens se retirent et les Khmers Rouges signent le cessez-le-feu. En 1991, à Paris, un accord de Paix est enfin signé entre tous les rivaux de cette guerre puis les casques bleu de l’ONU débarquent en grand nombre dans le pays… La plus importante opération de l’histoire de l’ONU commence au coût de 2 milliards de dollars, ils devront remettre le pays sur pied…
Notre première journée de visite ce consacre à ces terribles évènements. Nous allons voir Killing Field en premier. C’est à cet endroit que les gens étaient amenés pour être tué et enterré. Il n’y a pas grand-chose à voir sur place, les bâtiments ayant été détruits pour la plus part. Mais l’ampleur des sauvageries, qu’ont été victime plusieurs milliers de personnes, parle d’elle-même.

À l’entrée du site, un énorme Stupa (tour commémorative bouddhiste) a été érigé, avec à l’intérieur, les crânes et quelques pièces de vêtements qui ont été découvert lors de l’excavation des fausses, il y a environ une trentaine d’année. À proximité du Stupa, ‘’trous’’ dans le sol aux endroits où ils ont ‘’sorti’’ plusieurs ossements, mais aussi, tout au long de la promenade, des descriptions des massacres qui ont été perpétrés. Tel un arbre sur lequel on éclatait la tête des bébés en les tenants par les pieds. Ils étaient vraiment barbares. Et tout ça n’est pas plus vieux que moi.

Sur les sentiers qui sillonnent le site à travers les différentes fausses, j’ai trouvé deux dents, quelques ossements et des pièces de vêtements qui remontent à la surface avec le temps. Pour finir la visite, on nous présente une vidéo nous expliquant comment le site a été découvert, combien de corps ont été mutilés à cet endroit, combien de temps ces barbaries ont durées, les différents procès en cours, etc...



Nous avons ensuite visité le site de détention des prisonniers des Khmers Rouges, au centre de la ville de Phnom Penh, S-21. Le Musée Tuol Sleng.

http://fr.wikipedia.org/wiki/S-21




Ici, les informations sont détaillées et soutenues par des photos. Le tout vous donne la chaire de poule. C’est horrible. Nous faisons la visite de ce site, qui était une école avant de devenir un camp de concentration, tous en silence. Des lits de torture en métal, sur lesquels on branchait l’électricité, des cellules où étaient entassés des dizaines de personnes, des outils de torture, et une collection de photo pour les âmes ‘’insensibles’’. C’est à en faire des cauchemars. La visite se veut très enrichissante pour l’histoire, mais les mots me manquent pour en décrire les émotions qui défilent dans ma tête et mon cœur.

Encore une fois, je savais que le Cambodge était un pays ravagé par la guerre. Mais je ne connaissais pas l’envergure de celle-ci, qui m’étonne et m’attriste. Je me souviens maintenant qu’en quatrième ou cinquième secondaire, un nouvel élève est arrivé à mon école, Pirum Var. Un cambodgien, que les Pères Maristes parrainaient. Il était réfugié, de je ne savais quoi, ni pourquoi… Maintenant, je sais trop bien…



En soirée, steak et patates pilées sont au réconfort de nos âmes! Un bon souper et de belles jasettes sur la cam avec Nicole pour lui souhaiter un Joyeux Anniversaire et avec papa, maman et tante Jacinthe, pour raconter nos péripéties! Tout comme les patates pilées, ça fait du bien les jasettes!!!

Deuxième journée de visite, au programme, le Palais Royal et le Musée National. Après un bon déjeuner au Camory, notre resto préféré de Phnom Pen, nous marchons le long de la rivière jusqu’au Palais. Celui-ci est fermé entre 12h00 et 14h00, ce qui nous donne le temps d’aller visiter le musée.

Le musée est en fait une grande galerie qui parle d’un seul sujet, Angkor. Plusieurs statues que j’avais crues pillées par des voleurs, se retrouvent en fait ici. Finalement, ils ont pris plusieurs pièces pour éviter justement de se les faire volées! Des bouddhas, d’autres bouddhas, encore des bouddhas… et au centre, des étangs où on peut nourrir les poissons! J’ai eu plus de plaisir à nourrir les poissons pour 0,50$ que toute la visite en soi! C’est bien beau les bouddhas, mais je n’en fais pas une fixation!

14h15, en route pour le Palais. Prix d’entrée élevé! 6,25$ par personne! 6$ annoncé, et 0,25$ pour la préposée je présume… On nous suggère en plus un guide pour 8$, une aubaine puisque nous sommes deux. Non merci! On va se débrouiller…

Visite un peu banal, surtout après l’envergure de celles d’hier. Nous faisons le tour assez rapidement. On voit le trône, une vieille résidence coloniale, un Stupa d’argent, des bouddhas, l’histoire racontée par de vieilles peintures sur les murs, dont j’ai préféré la version de David qui avait sa propre définition de chaque image… Retour à la maison sous la pluie.

Demain matin, nous partons pour Sihanoukville! Enfin nous verrons la mer!

Tous les commentaires, que nous avons entendus jusqu’à présent sur cette ville, sont négatifs. Il pleut, ce n’est pas beau, c’est pauvre, la mer est salle, etc.… On ne s’attend à rien, on verra bien!

1 commentaire:

  1. Tristes histoires d'horreur relativement récentes des pays lointains. Bouleversant.

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